Le chef du secteur religieux de Dār...

Dar al-Iftaa d'Égypte

Le chef du secteur religieux de Dār al-Iftāʾ a inauguré une session de formation intitulée « Méthodologie de la fatwa contemporaine » destinée aux étudiants malaisiens. Il a souligné que « la fatwa contemporaine établit un équilibre entre les principes immuables de la charia, les réalités changeantes et les évolutions de l’époque ».

Le chef du secteur religieux de Dār al-Iftāʾ a inauguré une session de formation intitulée « Méthodologie de la fatwa contemporaine » destinée aux étudiants malaisiens. Il a souligné que « la fatwa contemporaine établit un équilibre entre les principes immuables de la charia, les réalités changeantes et les évolutions de l’époque ».

Sous le patronage de Son Éminence le professeur Dr Nazir Mohamed Ayyad, mufti de la République, le Dr Ali Omar al-Farouq, chef du secteur de la charia de Dār al-Iftāʾ d’Égypte, a inauguré la session de formation intitulée « Méthodologie de la fatwa contemporaine ». Organisée par le centre de formation de Dār al-Iftāʾ d’Égypte, cette formation, est destinée à un groupe d’étudiants malaisiens. Il y a représenté Son Éminence le mufti de la République, en présence de Son Éminence le Dr Mohamed Wissam, membre du Haut Comité consultatif du mufti de la République.

À cette occasion, il a expliqué que l’appréhension des évolutions de l’époque exigeait de concilier les fondements immuables de la charia avec les transformations de la société, et a souligné que Dār al-Iftāʾ avait développé une expérience remarquable dans la recherche de cet équilibre. Sa méthodologie montre en effet que la fatwa ne se limite pas à une lecture littérale du texte, indépendamment de la réalité, mais repose sur la compréhension des textes et de leurs finalités, ainsi que sur leur application aux situations nouvelles. Il en est ainsi notamment parce que les textes de la charia sont limités, tandis que les faits, les situations nouvelles et les questions inédites sont, eux, sans limites. Le juriste doit donc disposer d’une compréhension approfondie de la réalité et être capable d’en appréhender les évolutions sans porter atteinte aux principes immuables de la charia.

Le Dr Ali Omar a également indiqué que la pratique de la fatwa en Égypte remontait à l’époque des Compagnons. Il a précisé que ʿUqbah ibn ʿĀmir al-Juhanī, puis ʿAbd Allāh ibn ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, figuraient parmi les premiers contributeurs à l’établissement de cette pratique. Les générations suivantes de Successeurs (tābiʿūn) et leurs successeurs recueillirent ensuite leur enseignement. Il a expliqué que la pratique de la fatwa avait initialement pris la forme d’initiatives individuelles et bénévoles, avant de connaître un développement progressif, certains gouverneurs confiant aux savants la mission de rendre des fatwas. Certains savants assumèrent également à la fois les fonctions de juge et de mufti, à l’image du juge ʿAbd Allāh ibn Lahīʿa. Puis l’imam al-Layth ibn Saʿd s’illustra comme l’une des grandes figures du fiqh en Égypte, avant que l’imam al-Shāfiʿī ne s’y établisse et n’y acquière une influence scientifique importante.

Il a précisé qu’à ces différentes périodes, la pratique de la fatwa n’était pas encore organisée de manière institutionnelle, comme elle le serait ultérieurement, mais qu’elle s’exerçait par l’intermédiaire d'érudits et d'assemblées scientifiques. Elle connut ensuite une évolution à l’époque mamelouke, notamment sous le règne du sultan al-Ẓāhir Baybars, qui réorganisa la magistrature en fonction des différents rites juridiques. Cette évolution constitua l’un des premiers jalons de l’organisation institutionnelle de la pratique de la fatwa. Celle-ci a ensuite traversé d’autres étapes durant la période ottomane, jusqu’à la création de Dār al-Iftāʾ en 1895, marquant une organisation et une institutionnalisation accrues de cette pratique. Elle a finalement atteint sa forme actuelle, avec ses différents départements, antennes et activités nationales et internationales.

Le chef du secteur religieux a par ailleurs souligné que l’école juridique égyptienne se caractérise par son pluralisme et son absence d’enfermement dans un seul rite juridique. La coexistence de plusieurs écoles juridiques a permis d'élargir les horizons des oulémas et de favoriser l’acceptation des opinions divergentes. Il a rappelé que la divergence entre les juristes ne signifie pas que l’un d’entre eux s’écarte des exigences de la charia.

Il a expliqué que le fiqh consiste à déduire les règles juridiques et à comprendre leurs fondements et leurs principes, tandis que la fatwa en constitue l'application pratique à des faits, à des événements et à des questions nouvelles. La fatwa est donc le produit de son époque, puisqu’elle traite d’une réalité en constante évolution et de situations nouvelles influant sur la vie et les comportements des individus.

Cela exige du mufti qu’il comprenne précisément la nature de la question avant de rendre son avis juridique et qu’il fasse appel à des spécialistes lorsque la question relève d’un domaine scientifique ou technique nécessitant une expertise particulière. Le renouvellement de la fatwa ne signifie donc ni dépasser les textes, ni renoncer aux principes immuables de la charia, mais plutôt les comprendre correctement et les appliquer de manière appropriée aux situations auxquelles ils sont destinés.

Le Dr Ali Omar a également évoqué plusieurs étapes importantes de l’histoire de l’émission des fatwas en Égypte, en présentant notamment la fatwa du cheikh Muhammad Bakhīt al-Muṭīʿī relative à la photographie. Celle-ci illustre l'ampleur de l'horizon juridique et l'importance de la détermination précise de la qualification juridique d'une question. Dans son épître intitulée Al-Jawāb al-shāfī fī ibāḥat al-taṣwīr al-fūtaghrāfī (La réponse décisive sur la licéité de la photographie), il a examiné la nature de cette nouvelle forme de représentation et s’est appuyé sur l’expertise de spécialistes afin d’en comprendre la réalité, conformément au principe selon lequel « le jugement porté sur une chose est tributaire de sa juste conception ». Il a ainsi expliqué que la photographie ne relève pas de l’imitation de la création d’Allah, mais consiste à fixer l’image d’une créature qu’Allah a Lui-même créée.

Il a également évoqué la fatwa relative aux opérations bancaires rendue par Son Éminence le grand imam, le docteur Muhammad Sayyid Ṭanṭāwī. Ce dernier a procédé à une nouvelle qualification juridique de la relation entre le déposant et la banque, en fonction de la nature de l’opération bancaire. Il a aussi parlé de la fatwa relative à l’excision féminine, rendue par Son Éminence le Dr Ali Goma, qui a examiné cette question à la lumière de sa nature, de ses effets, ainsi que des intérêts et préjudices qui peuvent en découler. Ces exemples montrent que la fatwa contemporaine repose sur la souplesse scientifique et le refus du dogmatisme, tout en demeurant attachée aux principes immuables de la charia, à l'étude de la réalité et au recours aux spécialistes. Elle est ainsi en mesure d’apporter aux nouvelles questions un traitement approfondi qui tient compte des finalités de la charia et des intérêts des populations.

Le Dr Ali Omar a conclu son intervention en expliquant que la méthodologie judicieuse de l'émission des fatwas ne saurait être dissociée de l'évolution de la société et de ses besoins, mais qu'elle repose au contraire sur l'articulation entre l'ancrage dans les fondements de la charia, la compréhension de la réalité et l'anticipation de ses évolutions. Le mufti n’appréhende donc pas les situations comme des réalités figées : il en examine la nature véritable, les causes et les conséquences, avant de les rapporter à leurs fondements juridiques et aux finalités générales de la charia. C’est ce qui permet à la fatwa d’orienter la vie des populations et de traiter les questions et situations nouvelles auxquelles elles sont confrontées.

Il a précisé que la souplesse du droit musulman ne signifie ni renoncer aux principes immuables, ni outrepasser les textes, mais elle consiste à appliquer les règles de la Charia aux réalités changeantes selon une méthodologie scientifique rigoureuse. Le maintien de cet équilibre est l'un des principaux fondements d'une pratique judicieuse de l'iftāʾ à l'époque contemporaine. Il renforce la confiance dans le discours des fatwas et leur permet de mieux répondre aux problématiques et aux défis de la société.

La session de formation intitulée « Méthodologie de l’émission des fatwas contemporaines » s’inscrit dans le cadre de la coopération scientifique entre Dār al-Iftā’ et la Malaisie, pays frère, et prolonge les efforts déployés par l’institution pour renforcer les liens de communication scientifique avec les institutions universitaires et spécialisées dans l’iftāʾ, ainsi qu’avec les chercheurs et les étudiants en sciences islamiques de différents pays. Cette initiative favorise l’échange d’expertises, de connaissances et d’expériences dans ce domaine et offre aux étudiants malaisiens l’occasion de découvrir directement la méthodologie adoptée par Dār al-Iftā’ pour  traiter des questions contemporaines, notamment ce qui concerne la  compréhension de la réalité (fiqh al-wāqiʿ), la détermination du champ d’application de la règle juridique (taḥqīq al-manāṭ), la prise en considération des finalités de la Charia, ainsi que le recours aux différentes disciplines et expertises lors de l’étude de questions nouvelles.

Ces programmes de formation témoignent également de la volonté de Dār al-Iftā’ de transmettre son expérience dans le domaine de l’iftāʾ et de former des spécialistes capables d'appréhender les évolutions de l'époque avec une approche scientifique et juridique équilibrée. Ils contribuent aussi à renforcer la coopération entre les institutions scientifiques des deux pays et à promouvoir une méthodologie de l'iftāʾ modérée, fondée sur le savoir, l'ancrage dans les sources, la compréhension de la réalité et la prise en compte des intérêts des populations.

 

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