La mise en garde contre les mauvais traitements infligés aux personnes âgées malades au cours de leur traitement.
Question
quel est le statut juridique des mauvais traitements infligés aux personnes âgées malades pendant leur traitement ? Ma tante est âgée et atteinte de démence. Ses enfants la traitent avec rudesse, car il lui arrive parfois de se mettre en danger. Ils craignent de commettre un péché en agissant ainsi, mais ne trouvent aucun autre moyen de la maîtriser. Sont-ils pécheurs pour autant ?
Réponse
quel est le statut juridique des mauvais traitements infligés aux personnes âgées malades pendant leur traitement ? Ma tante est âgée et atteinte de démence. Ses enfants la traitent avec rudesse, car il lui arrive parfois de se mettre en danger. Ils craignent de commettre un péché en agissant ainsi, mais ne trouvent aucun autre moyen de la maîtriser. Sont-ils pécheurs pour autant ?
Réponse : la prise en charge d’une personne atteinte de démence exige une compréhension approfondie de la maladie, de l’état de santé et de la situation psychologique du patient. Elle requiert également, de la part de la personne chargée de ses soins, beaucoup de compassion et de patience, ainsi que le déploiement de tous les efforts possibles pour la soutenir et l'accompagner.
Si cette personne se voit contrainte de faire preuve de fermeté pour protéger le malade contre tout risque de se faire du mal ou pour l'aider à se rétablir, cela doit toutefois rester strictement limité à ce qui est nécessaire, sans lui causer aucun préjudice, qu'il soit verbal ou physique, et à condition que cette méthode ait été recommandée par des médecins spécialistes.
Tout cela constitue un devoir à l’égard de tout malade, mais il revêt une importance et une obligation encore plus grandes pour les enfants envers leurs parents.
Dar al-Iftā’ d’Égypte recommande aux proches des personnes atteintes de démence de se former à la prise en charge de cette maladie. Si la personne chargée des soins estime ne pas être capable d’assumer ce rôle de la meilleure manière, elle doit alors faire appel à des personnes qualifiées et à des professionnels de santé spécialisés.
- Détails…
- Sommaire
- La piété filiale est une obligation individuelle pour tout musulman.
- Mise en garde contre les mauvais traitements infligés aux personnes âgées malades au cours de leur prise en charge médicale.
- Conclusion.
La piété filiale est une obligation individuelle pour tout musulman
Le Législateur sage a fait de la piété filiale et de la bienfaisance envers les parents l'une des œuvres de rapprochement d'Allah les plus éminentes, ainsi que l'un des actes d'obéissance les plus impératifs. Elles figurent parmi les premières obligations religieuses et les finalités auxquelles il convient de veiller. En effet, de nombreux textes du Noble Livre et de la noble Sunna prophétique concordent pour établir le droit des parents et exalter leur rang à plusieurs reprises. La piété filiale constitue ainsi un principe fondamental et immuable parmi les vertus et les œuvres permettant de se rapprocher d'Allah.
Allah, Exalté soit-Il, dit : « Adorez Allah et ne Lui associez rien, et faites preuve de bienfaisance envers votre père et votre mère. » (Coran, 4:36).
L’imam al-Rāzī indique dans son Tafsīr (t. 10, p. 76, éd. Dār Iḥyāʾ al-Turāth al-ʿArabī) que cette bienfaisance consiste à se mettre à leur service, à ne pas élever la voix devant eux, à ne pas leur parler avec rudesse, à s’employer à satisfaire leurs besoins et à subvenir à leurs dépenses, dans la mesure de ses moyens, par piété filiale.
La piété filiale est une obligation individuelle (farḍ ʿayn) qui incombe à chaque enfant, en considération de l'éminence du statut des parents et de l'immensité des droits attachés à la paternité et à la maternité. Il s'agit d'une obligation qui ne peut être déléguée à autrui. Telle est la position expressément énoncée par les jurisconsultes des quatre écoles juridiques, dont les ouvrages ont unanimement consacré ce principe.
L’illustre juriste hanafite Ibn Māza al-Bukhārī a ainsi déclaré dans Al-Muḥīṭ al-Burhānī fī al-fiqh al-Nuʿmānī (t. 5, p. 386, éd. Dār al-Kutub al-ʿIlmiyyah) : « L’obéissance aux parents et la piété filiale envers eux constituent une obligation personnelle et spécifique, dans laquelle nul ne peut se substituer à autrui. »
Le célèbre juriste malikite Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī a déclaré dans Matn al-Risālah (p. 153, éd. Dār al-Fikr) : « Parmi les obligations religieuses figure la piété filiale envers les parents, même s'ils sont pervers ou polythéistes. L’enfant doit leur adresser des paroles douces et entretenir avec eux des relations empreintes de bienveillance, sans toutefois leur obéir lorsqu’ils lui ordonnent de commettre un péché, conformément à la parole d’Allah, Exalté soit-Il. »
L’imam al-Shīrāzī, de l’école chaféite, a également déclaré dans Al-Muhadhdhab (t. 3, p. 269, éd. Dār al-Kutub al-ʿIlmiyyah) : « La piété filiale envers les parents constitue une obligation individuelle qui incombe personnellement à l’enfant. »
De même, le célèbre juriste hanbalite Ibn Qudāmah écrit dans Al-Mughni (t. 9, p. 208, éd. Maktabat al-Qāhirah) : « La piété filiale envers les parents est une obligation individuelle. »
Ainsi, la piété filiale dépasse le simple cadre d’une vertu morale pour constituer un acte de dévotion et un droit religieux dû aux parents. En effet, ceux-ci sont à l’origine de l’existence de leur enfant et représentent le fondement essentiel qui permet à ce dernier d'acquérir toutes les qualités nobles, qu’elles relèvent de la foi ou du bon comportement.
Si telle est l’importance de la piété filiale dans les circonstances ordinaires, elle devient d’autant plus impérative lorsque les parents sont confrontés à la vieillesse, à la faiblesse ou à la maladie. Ces situations font l’objet d’une attention et d’une insistance particulières dans les prescriptions divines.
Allah, Exalté soit-Il, dit :
« Ton Seigneur a décrété que vous n’adoriez que Lui et que vous fassiez preuve de bienfaisance envers vos père et mère. Si l’un d’eux ou tous deux atteignent la vieillesse auprès de toi, ne leur dis même pas : “Fi !”, ne les repousse pas et adresse-leur des paroles respectueuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité et dis : “Seigneur, fais-leur miséricorde comme ils m’ont élevé lorsque j’étais petit.” » (Qurʾān, 17 :23-24).
L’imam al-Qurṭubī a expliqué, dans son Tafsīr (t. 10, p. 214, éd. Dār al-Kutub al-Miṣriyyah), à propos de la parole divine : « Si l’un d’eux ou tous deux atteignent la vieillesse auprès de toi » (Qurʾān, 17:23) :
« Allah a spécifiquement mentionné la vieillesse, car c’est à ce stade de la vie que les parents ont le plus besoin de la piété filiale de leurs enfants, en raison des changements que leur imposent la faiblesse et le grand âge. Il a donc prescrit à l'enfant de prendre davantage soin d’eux qu’auparavant. En effet, à ce stade de leur vie, ils sont devenus une charge pour lui et ont besoin qu’il prenne soin d’eux, tout comme ils en prenaient lorsqu’il était enfant. C’est pourquoi cette étape de la vie a été spécifiquement mentionnée. »
Mise en garde contre les mauvais traitements infligés aux personnes âgées malades lors de leur prise en charge médicale
Dans le cas présent, l’obligation de piété filiale et de prise en charge de la mère atteinte de démence revêt une importance particulière. Cette obligation est d'autant plus forte que la mère est passée d'un état de bonne santé à une maladie chronique invalidante.
En effet, selon l'Organisation mondiale de la santé, la démence est une maladie résultant d'un ensemble de pathologies ou de lésions affectant le cerveau, comme la maladie d'Alzheimer. Elle entraîne une détérioration des cellules nerveuses, provoquant généralement un déclin des fonctions cognitives (c’est-à-dire de la capacité à penser), de la mémoire et de l’aptitude à accomplir les activités de la vie quotidienne. La maladie s’aggrave progressivement avec le temps, au-delà de ce que l’on pourrait attendre du processus habituel de vieillissement biologique.
La prise en charge d’une personne atteinte de démence exige une compréhension approfondie de la nature de cette maladie, ainsi qu’une connaissance approfondie de l’état de santé physique et psychologique du patient. Elle requiert également beaucoup de compassion et de patience de la part de la personne chargée de ses soins.
Ainsi, les difficultés et les lourdes épreuves auxquelles les enfants peuvent être confrontés pour s’acquitter de leur devoir de piété filiale ne sauraient justifier un comportement empreint de rudesse envers leur mère. Un tel comportement constitue un péché.
À ce propos, Abū Hurayrah, qu’Allah l’agrée, rapporte que le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Qu’il soit humilié ! Qu’il soit humilié ! Qu’il soit humilié ! »
On lui demanda : « Qui donc, ô Messager d’Allah ? »
Il répondit : « Celui qui a vécu auprès de ses deux parents, ou de l’un d’eux, alors qu’ils avaient atteint un âge avancé, et qui, malgré cela, n’est pas entré au Paradis. » (Rapporté par Muslim)
Un tel comportement envers sa mère constitue donc une forme d’ingratitude filiale (ʿuqūq), strictement interdite. Cette notion englobe tout préjudice ou mauvais traitement résultant de l’avarice, de l’impatience, du manque de patience, de l'esprit de vengeance ou du mépris manifesté envers l’un des deux parents, dès lors que ce dernier ne fait pas preuve d'obstination abusive.
Le traditionniste Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī a déclaré dans Fatḥ al-Bārī (t. 10, p. 406, éd. Dār al-Maʿrifa) :
« Le terme ʿuqūq (ingratitude filiale), avec une ʿayn portant une ḍamma, dérive du verbe ʿaqqa, qui signifie “rompre” ou “couper”. Il désigne tout propos ou acte de l’enfant susceptible de causer du tort à son parent, à l’exception des cas où celui-ci lui ordonne de commettre un acte d’associationnisme ou un péché, et ce, tant que le parent ne fait pas preuve d’obstination abusive. Ibn ʿAṭiyyah a précisé que l’obéissance aux parents dans les actes licites, qu’il s’agisse de les accomplir ou de s’en abstenir, est obligatoire, tandis qu’elle est recommandée pour les actes surérogatoires et les obligations collectives. »
Toutefois, si une attitude douce et calme risque d’entraîner un préjudice grave pour la mère, notamment si elle est susceptible de se faire du mal ou de s’exposer à un danger, et que la fermeté s’avère nécessaire pour prévenir ce préjudice et la protéger, la charia autorise à prendre les mesures nécessaires pour écarter le danger, à titre de mesure préventive indispensable. Cependant, la détermination de la nature de ces mesures, de leurs modalités et de leur portée doit être laissée aux recommandations du médecin traitant et des spécialistes compétents, car cela varie selon l’état de chaque patient. En effet, dans les stades avancés de la démence, la fermeté dans le comportement, même lorsqu’elle vise à protéger le patient, peut contribuer à aggraver son état psychologique ou à provoquer des épisodes de dépression sévère.
Ainsi, la nécessité de préserver la vie et l’intégrité physique de la mère, qui autorise à l’empêcher d’accomplir certains actes conformément aux règles juridiques selon lesquelles « les nécessités rendent licites les interdits » et « le préjudice doit être écarté », demeure toutefois soumise à un principe fondamental : « Le préjudice ne peut être écarté par un autre préjudice. »
L’imam al-Subkī l'a déclaré dans Al-Ashbāh wa al-Naẓāʾir (t. 1, p. 41, éd. Dār al-Kutub al-ʿIlmiyyah) : « Le préjudice ne peut être écarté par un autre préjudice. »
Par conséquent, il n’est pas permis de prévenir un éventuel préjudice auquel la mère pourrait s’exposer en lui en infligeant un autre, réel et illicite. Bien au contraire, la piété filiale exige, dans une telle situation, de respecter scrupuleusement les consignes du médecin traitant. Si les circonstances imposent de l’empêcher physiquement d’accomplir un acte dangereux, la fermeté doit alors avoir pour seul objectif de la protéger contre elle-même ou de favoriser son rétablissement, dans la stricte mesure du nécessaire et en utilisant les méthodes les moins contraignantes recommandées par les spécialistes. Il convient ainsi d'assurer sa protection sans recourir à une rudesse susceptible de porter atteinte à sa dignité, à son corps ou à son équilibre psychologique.
Par ailleurs, si la nature de la maladie entraîne des situations dans lesquelles il devient impossible de faire preuve de douceur dans les paroles, en raison de crises d’agitation qui privent le malade de sa capacité à comprendre les propos qui lui sont adressés et à être apaisé verbalement, cela ne dispense en aucun cas de l’obligation de faire preuve de douceur dans les actes, dans toute la mesure du possible. Il convient ainsi de concilier le devoir de protection et l’obligation de piété filiale, conformément au principe juridique suivant : « Ce qui peut être accompli ne saurait être abandonné en raison de ce qui ne peut l’être. »
L’imam al-Subkī a déclaré dans al-Ashbāh wa al-Naẓāʾir (t. 1, p. 155) : « Principe juridique : ce qui peut être accompli ne saurait être abandonné en raison de ce qui ne peut l’être. Il s’agit de l’un des principes les plus célèbres déduits de la parole du Prophète ﷺ : “Lorsque je vous ordonne une chose, accomplissez-en ce que vous pouvez”. »
Cette situation implique de considérer la mère comme un dépôt confié par Allah aux soins de ses enfants, et non comme une adversaire avec qui l'on perd patience ou que l'on tient responsable de ses actes. En effet, la personne dont les facultés mentales sont altérées doit être protégée et entourée de soins ; elle ne doit ni être punie ni réprimandée. Tout comportement qui pourrait paraître agressif ou inhabituel de sa part ne relève pas d'un mauvais comportement justifiant la rudesse, mais constitue une manifestation de la maladie qui appelle la compassion. Dans cette situation, le temps semble faire un retour en arrière : le parent redevient dépendant de son enfant, tout comme l’enfant dépendait autrefois de son parent.
Afin de s’acquitter pleinement de l’obligation de piété filiale et d’atteindre le plus haut degré de compassion, les enfants doivent également se former et apprendre à prendre en charge les personnes atteintes de démence. En effet, selon le principe juridique « Ce sans quoi une obligation ne peut être accomplie devient lui-même obligatoire », il leur incombe de suivre des formations spécialisées, d'approfondir leurs connaissances sur le sujet ou de consulter régulièrement des spécialistes, notamment des psychiatres et des thérapeutes.
Cette formation n'est pas un luxe, mais une nécessité pratique qui permet à l’enfant de prodiguer des soins appropriés et sécurisés, de préserver la dignité de sa mère, de réduire ses souffrances ainsi que les siennes, et d’éviter de commettre des erreurs engageant sa responsabilité religieuse, même si ses intentions étaient bonnes.
Enfin, si l’enfant chargé de prendre soin de sa mère constate qu’il n’a pas les capacités nécessaires pour assumer cette responsabilité, il doit faire appel à des professionnels de santé spécialisés dans les soins aux malades afin d'éviter toute difficulté excessive et de protéger au mieux sa mère.
Conclusion
En conséquence, au vu de la situation exposée dans la question, la prise en charge d’une personne atteinte de démence exige une compréhension approfondie de la nature de cette maladie ainsi que de l’état de santé physique et psychologique du patient. Elle requiert également que la personne chargée de ses soins fasse preuve de compassion et de patience, et déploie tous ses efforts pour le soutenir et l’accompagner.
Si elle se voit contrainte de faire preuve de fermeté pour le protéger contre le risque de se faire du mal ou pour contribuer à son rétablissement, cette fermeté doit être strictement limitée à ce qui est nécessaire, sans l’exposer à aucune forme de violence verbale ou physique, et le moyen employé doit être recommandé par des médecins spécialistes.
Tout cela constitue un devoir envers chaque malade, mais il est d'autant plus impératif et pressant pour les enfants à l'égard de leurs parents.
Dār al-Iftā’ d’Égypte recommande vivement aux proches des personnes atteintes de démence de se former à la prise en charge de cette maladie. Si la personne chargée des soins estime ne pas être capable d’assumer ce rôle de la meilleure manière qui soit, elle doit alors faire appel à des professionnels de santé qualifiés et spécialisés.
Allah Est Omniscient.
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