Le Grand Mufti de la République, lors de sa conférence devant une grande assemblée d’étudiants des universités égyptiennes à l’Institut de préparation des leaders : Les religions révélées se sont accordées sur la croyance, la législation et la morale, et les valeurs constituent le véritable fruit pour lequel les religions ont été révélées.
Son Éminence le professeur Dr. Nazir Mohammad ‘Ayyad, Grand Mufti de la République et président du Secrétariat général des institutions de fatwa dans le monde, a affirmé que parler des valeurs n’est ni un luxe intellectuel ni une question détachée de la réalité des gens ; il s’agit plutôt d’un discours portant sur « l’image même de la religion ». Il a expliqué que les messages célestes, depuis le prophète de Dieu Adam (paix sur lui) jusqu’à notre prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), se sont accordés sur trois fondements : la croyance, la législation et la morale, précisant que les valeurs constituent l’un des piliers essentiels de ces messages.
Ces propos ont été tenus lors de la conférence donnée par Son Éminence le Grand Mufti aux étudiants des universités égyptiennes à l’Institut de préparation des leaders, en présence du professeur Karim Hammam, conseiller du ministre de l’Enseignement supérieur pour les activités étudiantes et directeur de l’Institut de préparation des leaders, du professeur Hicham Abdel Salam, président de l’Université égyptienne nationale d’apprentissage électronique, ainsi que de plusieurs doyens de facultés et membres du corps enseignant des universités égyptiennes.
Son Éminence a expliqué que la croyance dans sa dimension de foi, et la législation dans ses dispositions cultuelles et pratiques, ne sont pas séparées de la morale ; elles constituent plutôt deux moyens permettant d’atteindre leur véritable fruit, à savoir les valeurs. Il s’est appuyé à cet égard sur la parole du Très-Haut dans la sourate Al-Baqara : {La bonté pieuse ne consiste pas à tourner vos visages vers l’orient ou l’occident, mais la bonté pieuse est de croire en Dieu…}, où le verset associe la foi, les actes d’adoration et la fidélité aux engagements. Il a également évoqué l’ouverture de la sourate Al-Mu’minûn, qui réunit la croyance, l’adoration et le comportement, afin de souligner que la morale constitue la finalité globale et commune.
Son Éminence le Grand Mufti de la République a souligné que la religion n’impose pas les obligations pour accabler l’être humain ou restreindre sa liberté, mais plutôt pour instaurer en lui une forme d’autocontrôle qui l’empêche de commettre des erreurs et le retient de tomber dans l’illicite. Il a affirmé que les valeurs religieuses constituent la véritable force qui protège l’être humain de la déviance. Selon lui, lorsque la morale se détache de la religion, elle devient relative et se trouve alors soumise aux intérêts, au point d’adopter parfois le principe selon lequel « la fin justifie les moyens ». Or, la religion rejette totalement ce principe, car notre noble religion établit que « les moyens sont subordonnés aux finalités ».
Il a également indiqué que certaines valeurs existaient déjà avant la mission prophétique, comme la générosité, mais qu’elles manquaient de régulation. La religion est alors venue les placer sur l’équilibre de la modération : la générosité se situe entre l’avarice et le gaspillage, et le courage entre la témérité et la lâcheté. Il a précisé que les morales purement humaines peuvent changer au gré des intérêts, tandis que la morale religieuse est régulée par des principes constants fondés sur la loi divine.
Son Éminence a ensuite cité l’exemple du jeune homme qui demanda au Prophète (paix et bénédictions sur lui) l’autorisation de commettre la fornication. Le Prophète lui répondit par un raisonnement humain et moral fondé sur le respect de la nature humaine, soulignant que la religion rejette la turpitude et réveille la conscience. Il a ajouté que la religion interdit également le mensonge, sauf dans trois cas mentionnés par la loi religieuse : en temps de guerre, pour réconcilier des personnes en conflit, et dans les paroles affectueuses échangées entre époux afin de préserver l’harmonie du foyer.
Le Grand Mufti s’est ensuite arrêté sur ce qu’il a qualifié de « fluidité morale » dans la réalité contemporaine, évoquant des phénomènes tels que l’atteinte à la vie privée, la propagation de rumeurs, l’espionnage de la vie d’autrui et la promotion de concepts erronés comme l’appel à la cohabitation hors mariage ou l’homosexualité. Il a affirmé que ces phénomènes sont en contradiction avec les enseignements célestes et avec les traditions des sociétés dotées d’un héritage moral ancien. Il a rappelé à cet égard l’image des débuts de l’audiovisuel égyptien, lorsque les programmes commençaient par la récitation du Coran et se terminaient par l’hymne national, y voyant le symbole du lien entre le respect de la religion et le respect de la patrie, et soulignant que les principes établis par la religion doivent se refléter dans le comportement de l’individu envers son pays.
Abordant enfin la question de la jeunesse, Son Éminence le Grand Mufti a indiqué que le premier facteur de déclin civilisationnel est la diffusion d’un sentiment de défaite psychologique. Il a appelé les jeunes à reconnaître leur valeur et leurs capacités, et à ne pas mesurer la réussite uniquement à l’aune de l’argent ou du pouvoir. Il a cité à cet égard la parole du Très-Haut :
{Dis : ceux qui savent sont-ils égaux à ceux qui ne savent pas ? Seuls les doués d’intelligence se rappellent.} et également : {Dieu élèvera en degrés ceux d’entre vous qui ont cru et ceux qui ont reçu le savoir.}
Il a conclu en soulignant que la véritable distinction entre les êtres humains repose uniquement sur le savoir et l’action.
Son Éminence a expliqué que le véritable modèle à suivre ne réside pas dans la célébrité ni dans le grand nombre d’adeptes, mais dans le fruit moral qui en découle. Il s’est appuyé sur la parole de la Mère des croyants, Aïcha (que Dieu l’agrée), décrivant le caractère du Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « Son comportement était le Coran. » Il a souligné que toutes les révélations célestes ont appelé au respect de la personne humaine, à l’adoption de la vertu, au rejet du vice et à la valorisation de l’honnêteté.
Il a insisté sur le fait que l’origine des crises contemporaines est fondamentalement morale, ajoutant : « Il n’existe pas de problème culturel, économique, social, scientifique ou politique qui ne trouve pas son origine dans une question morale », car la rectitude morale implique la rectitude du dirigeant, du savant, du juge, du journaliste et de toutes les composantes de la société. Il a évoqué à ce propos une étude menée dans les années 1990 par un juge en Angleterre, qui conclut, après une recherche approfondie, que « la morale sans religion est une absurdité ». Il a précisé que la différence entre celui qui respecte la loi par peur de la sanction et celui qui la respecte par conscience intérieure et par désir de plaire à Dieu est la différence entre une conformité purement formelle et un engagement authentique.
Concernant le rôle des jeunes dans la protection de la société, le Grand Mufti a appelé à prendre conscience de sa place et de ses responsabilités, à choisir de bonnes fréquentations et à renforcer l’autocontrôle. Il a souligné que le mois de Ramadan offre un exemple concret de la capacité de l’être humain à maîtriser ses désirs. Il a également indiqué que, parmi les valeurs les plus menacées à l’ère des réseaux sociaux, figurent l’honnêteté et la véracité, car elles constituent la véritable valeur morale et leur disparition entraîne celle de tout bien. Il a rappelé que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) était connu comme « le véridique et le digne de confiance ». Il a également mis en garde contre le cyberharcèlement, le qualifiant de pratique rejetée et interdite en raison de l’atteinte qu’elle porte à la dignité humaine.
S’agissant de la fatwa à l’ère numérique, Son Éminence a indiqué qu’elle constitue un élément central dans la formation de la conscience de la société. Il a mis en garde contre les fatwas aberrantes qui peuvent menacer la sécurité intellectuelle, précisant que la fatwa repose sur des règles juridiques bien établies, telles que : « le préjudice doit être supprimé », « prévenir les méfaits prime sur la recherche des intérêts », « les actes sont jugés selon leurs finalités » et « on choisit le moindre de deux maux ». Il a ajouté que juger une chose dépend d’abord de sa compréhension exacte, appelant à consulter les spécialistes pour répondre aux ambiguïtés. Il a également mentionné que Dar Al-Ifta d’Égypte a organisé une conférence intitulée : « La formation du mufti éclairé à l’ère de l’intelligence artificielle », afin d’examiner les défis auxquels la fatwa et le mufti sont confrontés dans ce contexte. Il a précisé que l’intelligence artificielle peut servir d’outil pour collecter, classer et organiser les informations, mais qu’elle ne peut se substituer au mufti dans l’émission des fatwas, car celles-ci exigent une compréhension du contexte et des réalités humaines. Il a ajouté que la religion, dans son essence, ne s’oppose ni à la science ni à la raison, et que le problème ne réside pas dans la religion elle-même, mais parfois dans certains religieux qui contribuent à en déformer l’image. Il a insisté sur le fait que la religion a été instaurée pour réformer la vie d’ici-bas et assurer la réussite dans l’au-delà.
Enfin, à propos de la question de l’héritage et de sa philosophie en islam, le Grand Mufti a expliqué que la répartition successorale repose sur plusieurs critères : le degré de parenté, l’étape de la vie et les responsabilités financières. Il a précisé que l’affirmation selon laquelle la femme hérite toujours de la moitié de la part de l’homme est inexacte : il existe des situations où la femme hérite autant que l’homme, voire davantage, et d’autres où l’homme n’hérite pas du tout. Il a souligné que de nombreuses difficultés proviennent de coutumes et de traditions erronées plutôt que des textes religieux eux-mêmes. Il a conclu en affirmant que les valeurs religieuses constituent la pierre angulaire dans la construction de l’individu et de la société, et que la rectitude morale est la véritable garantie de la pérennité et de la prospérité des nations.
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