Des instruments astronomiques tradi...

Dar al-Iftaa d'Égypte

Des instruments astronomiques traditionnels aux technologies numériques : les experts en astronomie et les spécialistes de la fatwa définissent les règles encadrant la décision juridique et la communication médiatique relative à l’observation des croissants lunaires

Des instruments astronomiques traditionnels aux technologies numériques : les experts en astronomie et les spécialistes de la fatwa définissent les règles encadrant la décision juridique et la communication médiatique relative à l’observation des croissants lunaires

Dans le cadre de ses efforts continus visant à renforcer la formation scientifique des secrétaires de la fatwa et des chercheurs, ainsi qu’à favoriser l’articulation entre les sciences islamiques et les sciences modernes, Dār al-Iftā’ d’Égypte poursuit les activités de sa session de formation spécialisée en « astronomie appliquée à la jurisprudence islamique », organisée au sein de son Centre de formation, en collaboration avec le Centre international d’al-Azhar pour l’astronomie appliquée à la jurisprudence islamique et la Faculté des sciences (section masculine) de l’Université d’al-Azhar au Caire, avec la présence et la participation d’un groupe d’éminents spécialistes de l’astronomie, de la météorologie et des sciences islamiques.

Cette session vise à établir un pont de connaissance entre les sciences astronomiques modernes et les sciences islamiques, en formant les observateurs et les chercheurs en sciences islamiques à l’utilisation des méthodes scientifiques et des calculs astronomiques dans les questions relatives aux croissants lunaires, aux horaires et aux actes cultuels. Elle porte également sur les moyens et les technologies numériques les plus récents utilisés dans les opérations d’observation et de calcul, contribuant ainsi à une détermination plus précise du début des mois du calendrier hégirien et des horaires de prière, et favorisant la mise à profit des connaissances astronomiques au service des questions relevant des sciences islamiques.

Au début de la première conférence de la quatrième journée de la session, Dr Aḥmad ʿAbd al-Barr, directeur du Centre international d’al-Azhar pour l’astronomie appliquée à la jurisprudence islamique, a donné une conférence scientifique intitulée : « L’héritage scientifique dans l’étude des croissants lunaires et des horaires, et son impact sur les études contemporaines ».

Au cours de cette conférence, il a mis en lumière l’importance de données astronomiques précises dans les questions relatives à la fatwa ayant trait aux horaires, aux croissants lunaires, à la direction de la qibla, ainsi qu’à d’autres questions nouvelles liées aux phénomènes astronomiques. Il a également expliqué la méthodologie d’élaboration d’un rapport astronomique, ses principaux éléments et ses normes scientifiques, ainsi que la manière d’exploiter ses résultats afin d’établir une représentation précise de la question étudiée. Cette démarche contribue à étayer la décision juridique par des informations scientifiques fiables et à assurer la complémentarité entre l’expertise astronomique et l’effort d’interprétation juridique.

Concernant le développement des instruments astronomiques par les savants d’al-Azhar, le directeur du Centre international d’al-Azhar pour l’astronomie appliquée à la jurisprudence islamique a souligné que l’héritage scientifique d’al-Azhar a accordé une attention notable au développement des instruments et des moyens astronomiques permettant de comprendre les phénomènes célestes et de les mettre au service des sciences islamiques. Il a indiqué que le rôle des savants d’al-Azhar ne s’était pas limité à transmettre les connaissances astronomiques, mais qu’ils s’étaient également attachés à tirer parti des instruments d’observation et de calcul et à perfectionner leurs modes d’utilisation en fonction des besoins de leur époque.

Il a ajouté que ces instruments étaient concrètement utilisés pour déterminer les horaires de prière, identifier les directions et la qibla, calculer les croissants lunaires, ainsi que pour établir et ajuster le calendrier et les horaires, ce qui témoigne d’une prise de conscience précoce de l’importance d’associer les connaissances théoriques à leur application pratique. Cela met également en évidence la contribution de l’institution d’al-Azhar à la préservation du patrimoine astronomique et au développement de ses instruments au service de l’être humain et du culte.

Dans le cadre de la mise en lumière du rôle pionnier d’al-Azhar al-Sharif, en tant que mosquée-université, dans le développement des sciences islamiques, arabes et humaines, Dr Aḥmad ʿAbd al-Barr a présenté les efforts déployés, au fil de l’histoire, par un groupe de savants et de cheikhs d’al-Azhar pour assimiler les sciences rationnelles et expérimentales, les développer et les mettre au service des finalités de la charia et des besoins de la société. Il a notamment mis en lumière les contributions scientifiques du grand imam, cheikh Aḥmad al-Damanhūrī, et du cheikh Ḥasan al-ʿAṭṭār, ainsi que leurs efforts visant à enrichir les connaissances astronomiques et mathématiques. Il a également souligné la contribution du cheikh Ḥasan al-Jabartī dans le domaine de la fabrication des « instruments astronomiques de mesure du temps solaire », révélant ainsi un aspect important du patrimoine scientifique d’al-Azhar et confirmant que l’institution d’al-Azhar n’était pas restée à l’écart du progrès scientifique. Ses savants ont au contraire contribué au développement de ses instruments et à leur mise à profit au service des sciences islamiques, notamment pour la détermination des horaires, l’orientation vers la qibla et les calculs astronomiques liés aux actes cultuels.

Le directeur du Centre international d’al-Azhar pour l’astronomie appliquée à la jurisprudence islamique a conclu son intervention en indiquant que le « cadran solaire d’al-Azhar al-Sharif » constitue un témoignage vivant de la mise à profit des connaissances astronomiques au service des sciences islamiques, notamment pour déterminer les horaires de prière et les établir à partir du mouvement de l’ombre selon des calculs astronomiques précis. Il a souligné que les cadrans solaires témoignent d’un aspect authentique du développement scientifique et pratique chez les savants d’al-Azhar et mettent en évidence l’attention qu’ils accordaient à la mise à profit des sciences rationnelles au service des actes cultuels, en tant qu’élément important du patrimoine de la science des horaires et de l’astronomie appliquée à la jurisprudence islamique.

Lors de la deuxième conférence, Dr ʿAlī ʿUmar al-Fārūq, directeur du secteur juridique de Dār al-Iftā’ d’Égypte, a présenté une intervention intitulée : « Les efforts de Dār al-Iftā’ d’Égypte dans l’observation du croissant lunaire ». Il y a exposé la méthodologie scientifique et juridique adoptée par la Dar pour l’observation des croissants lunaires et l’établissement du début des mois du calendrier hégirien, précisant que ce dispositif repose sur la complémentarité entre l’observation conforme aux prescriptions juridiques et les calculs astronomiques contemporains, de manière à étayer la décision juridique relative aux mois et aux périodes religieuses.

Dr ʿAlī ʿUmar a expliqué que le Département des croissants lunaires et des horaires de Dār al-Iftā’ d’Égypte joue un rôle central en recourant aux calculs astronomiques, en tirant parti de l’expertise des spécialistes et des moyens modernes d’observation, tout en procédant à une observation sur le terrain par l’intermédiaire de commissions spécialisées déployées sur plusieurs sites après le coucher du soleil le jour de l’observation. Il a indiqué que le processus d’observation commence par l’étude des données astronomiques afin de déterminer le moment de la naissance du croissant lunaire, sa position, la possibilité de son observation et la durée de sa présence au-dessus de l’horizon. Ces données sont ensuite mises en corrélation avec les observations effectuées sur le terrain et avec l’examen des témoignages recueillis à la lumière des règles de la jurisprudence islamique et des critères scientifiques, afin d’atteindre le plus haut degré de précision.

Le directeur du secteur juridique de Dār al-Iftā’ d’Égypte a souligné que le recours aux sciences astronomiques et aux technologies modernes ne signifie pas renoncer à l’observation conforme aux prescriptions juridiques, mais contribue à encadrer le processus d’observation et à fournir des données précises permettant de vérifier la possibilité de l’observation du croissant. Cela témoigne de l’attachement de Dār al-Iftā’ d’Égypte à conjuguer l’authenticité de la méthodologie juridique avec la précision des moyens scientifiques modernes et à renforcer la fiabilité de la décision juridique.

Dr ʿAlī ʿUmar a conclu la conférence par une présentation pratique consacrée à l’observation du croissant du mois de Rabīʿ al-Thānī de l’année 1484 de l’Hégire. Il a présenté des images du croissant lunaire, les différentes apparences de la Lune ainsi que les phases de son apparition, tout en proposant des applications d’observation couvrant Le Caire et plusieurs gouvernorats égyptiens, ainsi que des exemples concernant plusieurs capitales arabes, islamiques et occidentales, afin de mettre en évidence la variation des conditions d’observation selon les situations géographiques et les données astronomiques.

Dans une conférence intitulée : « Le traitement médiatique de l’observation du croissant lunaire : entre réalité et perspectives », Dr Ibrāhīm Najm, conseiller général du Mufti de la République et secrétaire général du Secrétariat général des maisons et des instances de Fatwa dans le monde, a souligné que Dār al-Iftā’ d’Égypte adopte une approche fondée sur la complémentarité plutôt que sur la séparation, et sur l’intégration plutôt que sur l’opposition. Il a indiqué que la question de l’observation du croissant lunaire illustre clairement cette approche, à travers l’articulation entre l’héritage juridique solidement établi et les données scientifiques et astronomiques modernes, de manière à réaliser les finalités de la charia et à accompagner les évolutions de l’époque.

Il a expliqué que la question de l’observation du croissant lunaire devrait être abordée selon quatre approches complémentaires : juridique, scientifique, institutionnelle et médiatique, soulignant que ces approches ne sont pas contradictoires, mais qu’elles se complètent afin de produire des connaissances plus précises et mieux encadrées, ainsi qu’un discours plus équilibré et plus clair. Le conseiller général du Mufti de la République a insisté sur le fait que Dār al-Iftā’ d’Égypte ne considère pas la science et l’astronomie comme étant en opposition avec la charia, mais comme des outils de connaissance complémentaires qui contribuent à encadrer le processus d’observation et à en interpréter les données. Il a également souligné que les divergences relatives à certaines questions scientifiques ou juridiques ne devraient pas se transformer en dissensions au sein de la société ni devenir un facteur de division entre les gens.

Concernant l’instrumentalisation politique de la question de l’observation du croissant lunaire, il a affirmé que celle-ci devrait rester dans son cadre juridique, scientifique et institutionnel, et ne pas devenir un instrument d’instrumentalisation politique ou de polarisation sociale. Il a expliqué que sortir les questions relatives aux croissants lunaires de leur cadre scientifique et juridique pourrait ouvrir la voie à des interprétations qui ne servent ni l’unité des musulmans ni le renforcement de la confiance dans les institutions compétentes. Il a également précisé que les médias assument une responsabilité essentielle pour rapprocher plutôt que diviser lorsqu’ils traitent des questions relatives aux croissants lunaires, en exposant les faits dans un langage calme et objectif, en évitant d’amplifier les points de divergence ou de les présenter de manière sensationnelle, et en veillant à vulgariser les informations juridiques et astronomiques de façon à faciliter leur compréhension par le public et à renforcer sa confiance dans les instances scientifiques et juridiques compétentes.

En conclusion de sa conférence, Dr Ibrāhīm Najm a affirmé que le rôle de Dār al-Iftā’ d’Égypte ne se limite pas à l’émission de fatwas, mais s’étend à la construction d’une conscience religieuse éclairée, à l’unification des positions et à la préservation de la société contre les facteurs de discorde. Il a indiqué que les divergences scientifiques légitimes peuvent être gérées par le dialogue et la connaissance, et qu’une communication médiatique de qualité constitue un pont important entre les institutions spécialisées et le public, contribuant ainsi à préserver l’unité de la société et à renforcer sa confiance dans le discours religieux et scientifique.

 

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