L’Indice mondial de la fatwa met en lumière, dans une étude, les principales questions relatives au statut personnel et l’impact de la fatwa sur la stabilité familiale au cours du premier semestre 2026.
Intitulée « Les défis familiaux et l’impact de l’approche fatwa dans le renforcement de la cohésion familiale », cette étude révèle, à travers une cartographie des fatwas relatives aux questions familiales qui lui ont été adressées au cours du premier semestre 2026, une forte présence des questions liées à la famille, notamment celles portant sur le divorce, le khulʿ et les conflits familiaux. Cette situation reflète l’ampleur des défis auxquels la famille égyptienne est confrontée et met en évidence le rôle joué par Dār al-Iftāʾ dans la prise en charge de ces questions.
Fondée sur l’analyse du contenu d’un échantillon de questions posées par le public entre le 1er janvier et la fin du mois de juin 2026, l’étude indique que les questions familiales ont représenté près de 40 % de l’ensemble des fatwas adressées à Dār al-Iftāʾ au cours du premier semestre. Ce chiffre témoigne de la place centrale qu’occupent les questions familiales dans les préoccupations des personnes sollicitant une fatwa, ainsi que du niveau élevé de confiance dont bénéficie Dār al-Iftāʾ en tant que référence scientifique fiable pour le traitement des questions familiales, mais aussi en tant qu'institution jouissant d’une longue expérience dans l’interaction avec les problématiques sociales. Ces questions se répartissent entre les questions relatives au statut personnel et aux relations conjugales, les défis psychologiques et sociaux, les pressions économiques et les transformations numériques ayant une incidence sur la vie familiale.
• Les questions relatives au divorce et au khulʿ arrivent en tête des demandes de fatwas, avec un écart de plus de 60 % par rapport aux fatwas concernant le mariage.
L’étude a révélé que, durant le premier semestre de l’année en cours, les demandes de fatwas concernant le divorce et le khulʿ ont représenté 76 % de l’ensemble des fatwas relatives au statut personnel. Ce pourcentage témoigne du rôle positif de Dār al-Iftāʾ, qui constitue un refuge sûr pour les personnes confrontées à des situations de crise familiale, ainsi que de sa capacité à garantir le respect des droits de la famille consacrés par la Charia. En revanche, les demandes de fatwas relatives au mariage ont représenté 14 %, soit une proportion nettement plus faible, les relations conjugales étant, à leurs débuts, davantage fondées sur les traditions, les coutumes et les usages sociaux.
L’Indice mondial de la fatwa explique que l’écart de plus de 60 % entre les proportions relatives au divorce et au mariage constitue un indicateur de la prédominance d’une approche curative dans les demandes de fatwas adressées à Dār al-Iftāʾ. En effet, certaines personnes ne se tournent vers l’institution qu’après l’apparition du conflit, plutôt que de la consulter dès les premières étapes afin de le prévenir. Dār al-Iftāʾ avait déjà pris conscience de cette réalité et a récemment mis en place, à travers le Centre de conseil familial et la plateforme Sakan, des initiatives visant à consolider les fondements de la famille égyptienne et à la protéger contre la désagrégation, aussi bien lors des premières étapes de sa constitution qu’après sa formation effective.
L’Indice mondial de la fatwa a poursuivi en soulignant que l’importance de ce résultat ne se limite pas au chiffre ou au pourcentage, mais s’étend à la nature du rôle que peut jouer la fatwa dans la gestion des crises familiales. Ainsi, une question portant sur la survenue effective du divorce peut, dans certains cas, constituer une demande visant à vérifier les effets juridiques d’une parole prononcée sous le coup de la colère ou sous la menace, sans nécessairement traduire une décision mûrement réfléchie de mettre fin à la vie conjugale. Ce pourcentage fournit toutefois des indicateurs sur lesquels il est possible de s’appuyer pour élaborer des programmes et des initiatives de sensibilisation et de réconciliation familiale.
• La colère, le serment et la menace : des contextes récurrents dans les demandes de fatwa
L’étude de l’Indice mondial de la fatwa a révélé, à travers l’examen des cas de divorce soumis à Dār al-Iftāʾ, la diversité des contextes dans lesquels la formule du divorce est prononcée. Celle-ci peut notamment intervenir dans un contexte de colère et d’emportement, de serment, de menace, de pression exercée sur l’un des deux époux, ou encore lorsque le divorce est conditionné à l’accomplissement d’un acte futur.
L’importance des détails et des circonstances entourant chaque cas apparaît alors clairement dans le traitement des demandes de fatwa. C’est précisément ce à quoi s’emploient les secrétaires de fatwa dans leur travail avec le public. L’étude souligne ainsi que la compréhension de l’intention et des circonstances entourant la prononciation de la formule du divorce est devenue un élément essentiel dans le traitement de ces situations. Le recours à la fatwa s’avère notamment nécessaire lorsqu’il existe un doute concernant les termes prononcés, le nombre de divorces, l’intention, l’état émotionnel de l’époux ou la réalisation de la condition à laquelle le divorce a été subordonné.
• Des différends accumulés à l’origine de nombreux cas
L’Indice mondial de la fatwa montre que les cas de divorce ne sont pas, dans l’étude, des événements isolés du contexte familial. Ils révèlent, dans de nombreuses situations, un processus cumulatif de problèmes. Les conflits conjugaux récurrents, la colère, l’emportement, les menaces, les serments de divorce, les pressions financières et familiales, la jalousie, la suspicion, ainsi que la violence et les mauvais traitements apparaissent tous comme des facteurs imbriqués qui précèdent certains cas de divorce.
L’étude indique que le conflit conjugal peut débuter par un problème quotidien ou une divergence de points de vue, puis s’aggraver progressivement en raison de la faiblesse du dialogue et de l’absence de solutions consensuelles, jusqu’à ce que l’un des deux époux en vienne à recourir au divorce dans un moment d’emportement.
La colère apparaît notamment comme un facteur récurrent dans certains cas, ce qui explique le nombre important de questions portant sur le degré d’emportement, ainsi que sur le niveau de conscience et l’intention de l’époux au moment où les paroles ont été prononcées.
Certains cas révèlent également la présence de jalousie, de suspicion et d’une perte de confiance, notamment lorsque les soupçons se transforment en accusations, en surveillance ou en menaces. Il apparaît dès lors nécessaire d’adopter une approche qui ne se limite pas aux paroles prononcées, mais qui s’attache également aux causes ayant alimenté le conflit. C’est ici qu’intervient le rôle de la sensibilisation fondée sur le discours religieux dans le traitement de telles questions.
• La violence : lorsque le conflit se transforme en menace pour la famille
Selon l’Indice mondial de la fatwa, la violence et les mauvais traitements figurent parmi les contextes les plus graves associés aux cas de divorce. En effet, le conflit ne se limite alors plus à un simple différend entre deux époux, mais devient une question touchant à la sécurité et à l’intégrité de la famille.
Le traitement de ces situations ne se limite donc pas à la question de savoir si le divorce a effectivement pris effet, mais s'intéresse également aux causes du conflit, à la position de la charia concernant les atteintes et la violence, à la protection des membres de la famille, ainsi qu'à l'orientation des parties vers des moyens licites et sûrs permettant de résoudre le problème.
Ces résultats confirment que la fatwa relative aux questions familiales remplit une fonction qui va au-delà de la simple réponse juridique, s'inscrivant également dans les domaines de la réconciliation, de la prévention et de la rectification des concepts. Cela confère ainsi au travail du mufti une dimension de prédication et d’orientation qui s’ajoute à sa dimension juridique.
• Les hommes sont les principaux demandeurs de fatwas relatives aux questions familiales.
D'après l'Indice mondial de la fatwa, les hommes représentent 71 % des personnes sollicitant une fatwa pour des questions familiales, contre 29 % pour les femmes. Selon cette même étude, cette proportion est notamment liée à la présence de questions telles que le divorce, la reprise de la vie conjugale après divorce, la pension alimentaire, ainsi que les droits et devoirs conjugaux, qui figurent parmi les sujets les plus fréquemment soumis à Dār al-Iftāʾ.
La tranche d’âge qui sollicite le plus fréquemment des fatwas se situe également entre trente et quarante-neuf ans. Ces deux catégories d’âge représentent ensemble 62 % de l’échantillon étudié au cours de la période d’observation. Il s'agit d'une période qui coïncide avec l'accroissement des responsabilités conjugales, l'éducation des enfants et la gestion des charges économiques et sociales.
Ces chiffres montrent également que la répartition des personnes sollicitant une fatwa selon le sexe est liée à la nature même des questions familiales. En effet, nombre de ces questions, au premier rang desquelles figurent le divorce, ses procédures et ses effets, impliquent l'homme, voire le mettent au centre de la problématique, ce qui explique le taux plus élevé de demandes de fatwas émanant des hommes. Dans le même temps, la persistance d’une proportion importante de demandes émanant des femmes confirme l’intérêt croissant de celles-ci pour l’obtention d’avis religieux concernant les questions touchant à leurs droits et à la stabilité de la famille. Cela témoigne d'une évolution de la conscience religieuse et juridique des femmes.
Ces résultats soulignent également l’importance d’adapter les programmes de sensibilisation et d’orientation aux caractéristiques propres à chaque catégorie de personnes sollicitant une fatwa. D’une part, la forte proportion d’hommes incite à renforcer les messages de sensibilisation relatifs aux responsabilités familiales, aux règles du divorce, aux droits de l’épouse et des enfants, ainsi qu’aux moyens de préserver la stabilité familiale. D’autre part, il apparaît nécessaire de poursuivre le développement d’initiatives destinées aux femmes dans les domaines de la connaissance de leurs droits et devoirs consacrés par la charia, du conseil familial et des moyens de traiter les différends conjugaux conformément aux prescriptions de la charia.
Par ailleurs, l’étude indique que l’âge moyen des personnes sollicitant une fatwa pour des questions relatives au statut familial et au mariage est d'environ 41,3 ans. Cela montre que la majorité des personnes sollicitant une fatwa se situe dans la tranche d’âge intermédiaire, période qui connaît généralement les taux les plus élevés de constitution et de stabilité des familles, ainsi que les questions y afférentes telles que le mariage, le divorce, la pension alimentaire, la garde des enfants, etc.
Concernant la nature des questions familiales faisant l’objet du plus grand nombre de demandes de fatwas, l’étude révèle une différence nette entre les questions soumises par les hommes et celles soumises par les femmes. Ainsi, les questions relatives au divorce représentent 50 % de l’ensemble des questions familiales soumises par les hommes, ce qui montre que les conflits familiaux constituent leur principale préoccupation. Chez les femmes, en revanche, les phénomènes et problèmes sociaux et psychologiques arrivent en tête de leurs préoccupations, représentant 20 % de l’ensemble de leurs questions relatives aux affaires familiales, ce qui traduit un intérêt plus marqué pour les dimensions familiale, sociale et psychologique.
La comparaison entre les deux sexes révèle ainsi que les hommes sollicitent davantage une fatwa au sujet des conflits conjugaux, notamment du divorce et de la dissolution du mariage, tandis que les femmes s’orientent davantage vers les problèmes sociaux et psychologiques, ainsi que vers les questions familiales dans leur ensemble.
L’intégration des différents rôles de la fatwa dans le traitement des conflits familiaux
L’étude de l’Indice mondial de la fatwa a révélé la diversité des canaux de prise en charge des questions familiales au sein de la Dār al-Iftāʾ d’Égypte. La fatwa orale arrive en tête, tandis que le département du conseil familial, la Haute Commission des fatwas relatives au statut personnel et au règlement des conflits ainsi que la Cellule de dialogue se distinguent également. Cette diversité témoigne de l’importance de ces structures dans le traitement des questions et des problèmes familiaux. L’Indice mondial de la fatwa explique la prédominance de la fatwa orale dans les questions familiales par l’importance de l’écoute, de l’établissement des faits et de la qualification des situations avant d’exposer la règle de la charia, compte tenu de l’impact important que cela peut avoir sur la réalité de la famille et de la société.
L’étude a également souligné que cette diversité traduit le passage d’un traitement simple consistant à répondre à une question à un dispositif plus large englobant le conseil, la réconciliation et la prise en charge des questions complexes. La fatwa orale permet d’écouter les détails de la situation, tandis que les structures spécialisées prennent en charge les dossiers qui nécessitent une étude plus approfondie. Le conseil familial joue, quant à lui, un rôle dans la tentative de contenir les conflits avant qu'ils ne s'aggravent.
À la lumière de ces résultats, l’importance de renforcer la dimension préventive du travail de l’iftāʾ apparaît clairement. L’intervention de l’institution ne doit pas se limiter à la phase postérieure à la prononciation du divorce, mais s’étendre à la sensibilisation préalable aux droits et devoirs conjugaux, à la préparation des futurs époux, à la diffusion d’une culture du dialogue et à la mise en place d’un conseil familial précoce.
En conclusion de son étude, l’Indice mondial de la fatwa affirme que les données considérées dans leur ensemble montrent que la question du divorce n’est pas uniquement une question juridique portant sur une formule prononcée ou un fait précis, mais qu'elle peut constituer la porte d’entrée d’une crise familiale plus large dans laquelle s’entremêlent des facteurs psychologiques, sociaux, économiques et comportementaux. La lecture de la cartographie des demandes de fatwas montre ainsi que la préservation de la cohésion familiale ne commence pas uniquement au moment où survient la crise, mais exige la mise en place d’un dispositif intégré de prévention, de sensibilisation, de conseil et de réconciliation.
La Dār al-Iftāʾ d’Égypte a déjà parcouru un long chemin dans ce domaine, notamment en matière de sensibilisation, à travers les sessions de préparation au mariage destinées aux futurs époux, le Centre de conseil familial et, plus récemment, le lancement d’une plateforme dédiée. Son rôle ne se limite donc pas à la délivrance de fatwas, mais s’étend également à la sensibilisation et à la préparation dans un domaine qui touche directement la famille et la société.
Arabic
English
Deutsch
Urdu
Pashto
Swahili
Hausa
