Le statut juridique du fait d’appeler son père par son prénom, sans titre honorifique.
Question
Quel est le statut juridique, au regard de la charia, du fait d’appeler son père par son prénom, sans autre formulation ? Une mère explique que son fils appelle parfois son père par son prénom, sans pour autant avoir l’intention de lui manquer de respect. Lorsqu’elle l’entend agir ainsi, elle lui rappelle qu’il est contraire aux règles de bienséance d’appeler son père par son prénom, sans y ajouter un titre affectueux ou respectueux. Son fils lui répond qu’il ne s’agit là que de simples coutumes qui n’ont aucun rapport avec la charia. Elle sollicite donc votre Éminence afin de connaître le statut juridique exact de cette pratique.
Réponse
Le fait d’appeler l’un de ses parents par son prénom, sans aucun titre honorifique, est interdit si le parent désapprouve cette démarche ou en éprouve de la peine. Cela relève alors directement de l’ingratitude envers les parents (ʿuqūq al-wālidayn).
En revanche, cette pratique est tolérée lorsqu’elle est entrée dans les mœurs, qu’elle est validée par l’usage coutumier local (al-ʿurf), qu’elle ne vise pas à manquer de respect au père et que celui-ci ne s’y oppose pas. Toutefois, il demeure préférable, plus convenable et plus conforme aux règles de haute bienséance requises envers les parents que l’enfant préserve le rang et la considération spirituelle qui leur sont dus, en évitant de les appeler par leur seul prénom.
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Détails…
Sommaire:
- La considération des aînés : L’incitation de la noble charia à témoigner de la considération et du respect envers les personnes âgées.
- La piété filiale : L’obligation stricte de bien traiter ses parents en islam et la mise en garde solennelle contre toute forme de manque de respect.
- Le statut jurisprudentiel : Le statut juridique précis du fait d’appeler son père par son prénom sans titre qualificatif, appuyé par les textes des oulémas faisant autorité à ce sujet.
- Conclusion.
L’incitation de la noble charia à témoigner de la considération et du respect envers personnes âgées
Les règles de bienséance figurent parmi les principes fondamentaux qui régissent les relations humaines dans la charia islamique. Elles impliquent notamment de traiter les personnes qui nous sont supérieures en âge, en savoir ou en rang avec les égards et le respect qui conviennent à leur valeur et à leur statut.
Notre maître le Messager d’Allah ﷺ ainsi nous a enseigné que le respect dû aux personnes âgées relève de sa noble tradition. Celui qui délaisse cette règle de bienséance s’écarte indubitablement de cet enseignement.
D’après ‘Abd Allah ibn ‘Abbās (qu’Allah les agrée, lui et son père), le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« N’est pas des nôtres celui qui ne fait pas preuve de miséricorde envers nos jeunes et ne témoigne pas de considération à nos vieux. » (Hadith rapporté par al-Tirmidhī dans ses Sunan, dont est tirée la présente formulation, ainsi que par l’imam Aḥmad dans son Musnad).
La considération prescrite dans ce noble hadith consiste à accorder aux personnes jouissant d’un mérite ou d’un statut particulier l’estime qui leur est due, en fonction de leur valeur. Ce mérite peut notamment être lié à la vieillesse, à la science ou à d’autres vertus.
L’érudit Zayn al-Dīn al-Munāwī déclare à ce sujet dans son ouvrage Fayḍ al-Qadīr (vol. 5, p. 388, éd. al-Maktabah al-Tijāriyyah al-Kubrā) : « N’est pas des nôtres celui qui ne fait pas preuve de miséricorde envers nos jeunes et ne témoigne pas de considération à nos vieux. » La conjonction « et » a ici le sens de « ou », de sorte que la mise en garde concerne chacun de ces deux manquements pris séparément. Il convient donc de traiter chacun selon ce qui lui est dû : accorder au plus jeune son droit à la douceur, à la miséricorde et à la compassion, et reconnaître à la personne âgée son droit à la considération et au respect. »
L’obligation de bien traiter ses parents en islam et la mise en garde contre le fait de leur manquer de respect
Si l’être humain est tenu de témoigner de la déférence envers les personnes plus âgées que lui, ses parents sont légitimement ceux qui méritent le plus ces égards. En effet, ils réunissent à la fois l’antériorité de l'âge et les bienfaits immenses qu’ils ont prodigués à leur enfant, à quoi s'ajoute l'ordre formel de la charia de les honorer.
Il n’existe aucun désaccord doctrinal sur le fait que l’ingratitude envers ses parents (ʿuqūq), ou envers l’un d’eux, compte parmi les péchés majeurs. D’après Anas — qu’Allah l’agrée — le Prophète — que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui ainsi que sur sa famille —a été interrogé au sujet des péchés majeurs. Il répondit : « L’association à Allah, l’ingratitude envers les parents, le meurtre d’une âme et le faux témoignage. » (Rapporté par al-Bukhārī et Muslim)
De même, leur obéir, faire preuve de piété filiale à leur égard, leur témoigner de la bienfaisance et les traiter convenablement sont des obligations impératives et fermement établies, que le Coran mentionne conjointement à l’unicité d’Allah, exalté soit-Il. Allah le Très-Haut dit : « Ton Seigneur a décrété que vous n’adoriez que Lui et que vous traitiez vos père et mère avec bonté. Si l’un d’eux, ou tous deux, atteignent la vieillesse auprès de toi, ne leur dis point : “Fi !”, ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. » (Coran, 17 :23)
Le statut juridique du fait d’appeler son père par son prénom, sans titre qualificatif, et les textes des oulémas à ce sujet
Lorsqu’une personne appelle l’un de ses parents par son prénom, sans y ajouter un titre honorifique, alors que ce parent désapprouve cette démarche ou en éprouve de la peine, un tel comportement relève explicitement de l’ingratitude envers les parents (ʿuqūq al-wālidayn). En effet, il constitue un manque de respect manifeste et une attitude contraire à la considération qui leur est due. De telles paroles ne sont pas conformes aux expressions respectueuses que le Noble Coran prescrit d’adresser aux parents.
L’imam al-Qurṭubī déclare à ce sujet dans son ouvrage Al-Jāmiʿ li-aḥkām al-Qurʾān (vol. 10, p. 243, éd. Dār al-Kutub al-Miṣriyyah) : « “Et adresse-leur des paroles respectueuses” signifie : des paroles douces, respectueuses et bienveillantes, telles que “Ô mon père !” et “Ô ma mère !”, sans jamais les interpeller par leurs prénoms. »
Un hadith attribué au Prophète — que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui ainsi que sur sa famille — est également rapporté d’après la Mère des croyants, ʿĀʾishah — qu’Allah l’agrée. Elle relate qu’un homme se présenta auprès du Messager d’Allah, accompagné d’un vieillard. Le Prophète ﷺ lui demanda :
« Ô untel, qui est cet homme qui t’accompagne ? »
L’homme répondit : « C’est mon père. »
Le Prophète lui dit alors : « Ne marche pas devant lui, ne t’assieds pas avant lui, ne l’appelle pas par son prénom et ne l’expose pas aux insultes d’autrui. » (Ce hadith est rapporté par l’imam al-Ṭabarānī dans Al-Muʿjam al-Awsaṭ [vol. 4, p. 267-268, éd. Dār al-Ḥaramayn]. Al-Ṭabarānī a précisé : « Nul autre que Muḥammad ibn al-Ḥasan n’a rapporté ce hadith de Hishām. ʿAmr ibn Muḥammad ibn ʿArʿara est le seul à l’avoir rapporté de lui, et ce hadith n’est rapporté du Messager d’Allah que par cette unique chaîne de transmission. » L'auteur semble ainsi faire allusion à la faiblesse de la chaîne de transmission de ce récit).
Ibn al-Sunnī rapporte d’après Abū Hurayrah (qu’Allah l’agrée) et en attribuant ces propos au Prophète ﷺ que ce dernier vit un homme accompagné d’un jeune garçon. Il demanda à ce dernier : « Qui est cet homme ? »
Le garçon répondit : « Mon père. »
Le Prophète lui dit alors : « Ne marche pas devant lui, ne t’expose pas à ses insultes, ne t’assieds pas avant lui et ne l’appelle pas par son prénom. »
L’imam al-Bukhārī rapporte également ce récit dans son ouvrage Al-Adab al-Mufrad, mais en l’attribuant à Abū Hurayrah lui-même (maw qūf), sans le faire remonter directement au Prophète. Dans cette version, Abū Hurayrah vit deux hommes et demanda à l’un d’eux :
« Quel est ton lien avec cet homme ? »
L’homme répondit : « C’est mon père. »
Le Prophète lui dit alors : « Ne l’appelle pas par son prénom, ne marche pas devant lui et ne t’assieds pas avant lui. »
L’imam al-Bukhārī a consacré à ce récit un chapitre intitulé (p. 30, éd. Dār al-Bashāʾir al-Islāmiyyah) : « Chapitre : Il convient qu’un homme n’appelle pas son père par son prénom, ne s’assoie pas avant lui et ne marche pas devant lui. »
L’imam al-Nawawī a également dédié un chapitre à cette question dans son ouvrage Al-Adhkār (p. 291, éd. Dār al-Fikr), intitulé : « Chapitre sur l’interdiction faite à l’enfant, à l’apprenant et au disciple d’appeler leur père, leur enseignant et leur maître par leur prénom… »
Il rapporte à ce sujet les propos du noble érudit et pieux serviteur dont la vertu fait l’unanimité, ʿUbayd Allāh ibn Zaḥr (qu’Allah l’agrée), qui a déclaré :
« Il est ingrat envers ses parents d'appeler son père par son prénom et de marcher devant lui sur le chemin. »
Les formulations des savants et des juristes se rejoignent pour confirmer ce principe. Ainsi, l’imam al-Nawawī déclare dans Rawḍat al-Ṭālibīn (vol. 3, p. 235, éd. Al-Maktab al-Islāmī) : « Il convient que l’enfant, le disciple et le jeune serviteur n’appellent pas leur père, leur enseignant ou leur maître par leur prénom. Il est recommandé d’attribuer une kunyah (surnom honorifique) aux hommes et aux femmes qui jouissent de mérites particuliers, qu’ils aient ou non des enfants, et que cette kunyah soit formée à partir du nom de leur enfant ou d’un autre élément. »
L’imam al-Khaṭib al-Shirbini déclare, quant à lui, dans Mughni al-Muhtaj (vol. 6, p. 142, éd. Dār al-Kutub al-ʿIlmiyyah) : « Il est recommandé que l’enfant, le disciple et le jeune serviteur d’une personne ne l’appellent pas par son prénom. »
L’imam Ibn ʿAllān écrit dans Al-Futūḥāt al-Rabbāniyyah (vol. 6, p. 119-120, éd. Association azharienne de publication et de rédaction) : « Chapitre relatif à l’interdiction faite à l’enfant, à l’apprenant et au disciple […] d’appeler leur père, leur enseignant et leur maître par leur prénom. » L’interdiction d’appeler les personnes mentionnées par leur prénom s’explique par le fait qu’une telle manière de les interpeller ne comporte pas la considération qui leur est due. Allah a interdit à Ses serviteurs d’appeler le Prophète ﷺ par son prénom. Ils doivent plutôt s’adresser à lui en employant les nobles qualités qui lui sont propres, telles que la mission de Messager, la prophétie et autres titres semblables. Allah, le Très-Haut, dit : « Ne considérez pas l’appel que vous adressez au Messager comme l’appel que vous vous adressez les uns aux autres. » (Coran, 24 :63). »
L’érudit Ibn Ḥajar al-Haytamī confirme également dans Al-Minhāj al-Qawīm (p. 312, éd. Dār al-Kutub al-ʿIlmiyyah) : « Il est recommandé que son enfant, son disciple et son jeune serviteur ne l’appellent pas par son prénom. »
Les oulémas ont précisé que, par principe, la manière de s’adresser à son père doit exprimer la vénération, la considération et la plus grande douceur. Ainsi, l’enfant doit appeler ses parents par des formules de politesse telles que « Ô mon père ! » (yā abatāh) ou « Ô ma mère ! » (yā ummāh), ainsi que par toute autre appellation convenant à leur statut.
L’érudit al-Shabramallisi déclare dans sa Glose sur Nihāyat al-Muḥtāj (vol. 8, p. 149, éd. Dār al-Fikr) : « L’enfant peut, par exemple, dire : “Ô mon père !” ou “Mon cher père !”. »
En revanche, si le père ne se sent nullement offensé par cette manière de l'appeler et si le fait que son enfant l'interpelle par son seul prénom est une pratique admise et validée par l'usage coutumier local, dans un esprit de familiarité, d'affection et de rapprochement — ou dans le but pédagogique de traiter l'enfant comme un ami —, alors il n'y a ni faute ni péché à cela.
Toutefois, il demeure préférable, plus accompli et plus convenable au regard des règles de bienséance et de l’honneur dus aux parents, que l’enfant préserve le rang et la considération spirituelle qui leur reviennent et évite de les appeler par leur seul prénom. Il convient plutôt de s’adresser à eux au moyen de termes exprimant la vénération, l’estime et le respect.
Conclusion
Au regard de ce qui précède et compte tenu de la situation exposée dans la question, appeler l’un de ses parents par son prénom, sans y adjoindre un titre honorifique ou affectueux, est strictement interdit si le parent concerné désapprouve cette pratique ou en éprouve de la peine. Cela relève alors directement de l’ingratitude filiale (ʿuqūq al-wālidayn).
En revanche, cette pratique est tolérée lorsqu’elle est admise par l’usage, qu’elle ne vise aucunement à manquer de respect et que le parent l’accepte de bon gré.
Toutefois, Il demeure toutefois préférable, plus accompli et plus conforme aux règles de haute bienséance requises envers les parents, que l’enfant préserve la considération qui leur est due et s'abstienne de les interpeller par leur seul prénom.
Allah Est Omnipotent.
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